Etats-Unis

[Naissance d'Hollywood]

[DW Griffith]

[Charlie Chaplin]

[Déferlente Européenne]

[Age d'Or d'Hollywood]

[Deuxième Age d'Or]

[Les Années 1960]

[Stanley Kubrick]

[Cinéma Afro-Américain]

[Le Nouvel Hollywood]

[Les Années 1980]

[Les Cinéastes Polymorphes]

Le Cinéma Afro-Américain


Dreamgirls de Bill Condon (2005)

I. Les Débuts

A. Introduction

1. La Ségrégation

Il est nécessaire de connaître un minimum l'Histoire des Etats-Unis afin de comprendre comment le cinéma afro-américain a été crée, et comment il a évolué.

Ainsi, l'on remarque qu'Edison organise sa première projection publique en 1896, c'est à dire au même moment où la Ségrégation est mise en place aux Etats-Unis. Les codes noirs ont été crées dès 1865 afin de réduire et limiter les droits civiques des afro-américains après l'abolition de l'esclavage en 1862. Cependant, c'est l'affaire Plessy contre Ferguson qui autorise pour la première fois la Ségrégation. Rappelons rapidement l'affaire. En 1890, une loi sur la séparation des personnes selon leur couleur dans les transports passe en Louisiane. Homer Plessy était un octoroon c'est à dire qu'il avait sept huitième de sang caucasien, et un huitième de sang africain. Il n'était pas possible de voir la présence de sang africain chez lui car sa peau était blanche et ses traits caucasiens. En 1892, il décide de s'asseoir dans un compartiment réservé aux Blancs. Lorsqu'un contrôleur s'approche, Plessy lui fait savoir la présence de sang africain dans ses veines. Il est immédiatement arrêté. La Cour Suprême finit par déclarer que les Noirs et les Blancs sont "égaux mais séparés".


Homer Plessy

Il faut aussi parler du Jim Crow et des lois Jim Crow. Le Jim Crow a été crée par Thomas Rice qui se barbouillait le visage de noir afin de se produire en public. Jim Crow est ensuite devenu un personnage clé du ministrel show, qui était plutôt populaire. Le nom Jim Crow a ensuite été utilisé pour des lois visant à séparer les populations blanches et de couleur tout en admettant leur égalité.

La Ségrégation est abolie le 2 Juillet 1964. Le cinéma afro-américain sera fortement marqué par la Ségrégation.


Jim Crow

2. Les premières apparitions

Edison filme dès 1895 des Antillais. Il réalise même en 1898 The Colored Troops Disembarking et The Ninth Negro Cavalry Watering Horses; et Ten Pickaninnies en 1904.

Edwin S Porter porte le célèbre de Harriet Beecher Stowe : La Case de L'Oncle Tom à l'écran en 1903. Et cette toute première adaptation du roman met en scène un acteur blanc déguisé en noir.

B. Les différentes figures de l'imagerie du "Bon Nègre"

La Mammy (ou nounou) était une image caricaturale d'une servante d'origine africaine particulièrement loyale et dévouée à la famille blanche qu'elle servait. Elle était si attachée à cette famille qu'elle ne veut pas être libre et qu'elle est même prête à les défendre quitte à risquer sa vie. Elle est souvent représentée sous les traits d'une femme imposante et maternelle. Son image était totalement désexualisée. Enfin, la mammy est une sacrée bosseuse.


Une image représentant une mammy

Exemples : Hattie McDaniel dans Autant en Emporte le vent; Louise Beavers dans Images de la vie ; toutes deux avaient l'habitude d'incarner ce type de personnage.


Vivien Leigh en Scarlett O'Hara et Hattie McDaniel en Mamma

Le Coon (ou le moricaud). Le terme coon vient de racoon qui signifie en anglais "raton"; ce qui déshumanise clairement la personne dite coon. Le coon est souvent décrit comme un fainéant, un peureux, et un bouffon. Bien qu'étant adulte, le coon se comporte comme un enfant. Il est souvent considéré comme un bon à rien.


Un Coon

Exemples : Wooing and wedding of a coon 1905, The masher 1907, Coon Town Suffragettes (1914)

La Tragic mulatto (ou la mulâtresse malheureuse). La tragic mulatto est principalement caractérisée par sa double identité. En effet, ses traits sont caucasiens et sa peau est claire mais elle a du sang africain. Cette figure a été introduite par Lydia Maria Child dans ses nouvelles : "The Quadroons" (1842) et "Slavery's Pleasant Homes" (1843). La tragic mulatto pense être blanche et libre. Elle se comporte comme une personne éduquée : elle a de bonnes manières, et elle parle correctement. Elle ne découvre que plus tard qu'elle a du sang africain, ce qui entraîne des conséquences tragiques. Ses souffrances se manifestent de diverses manières : elle se déteste, elle subit des dépressions, elle tombe dans l'alcoolisme, elle fait des tentatives de suicide. La plupart du temps, la tragic mulatto ne trouve la paix que dans la mort. La condition des mulattos et des quadroons était tragique. Ces femmes étaient souvent utilisées comme des objets sexuels et subissaient souvent des violences sexuelles. Pourquoi ? Ces femmes avaient l'apparence de femmes blanches mais étaient légalement de couleur. Cela arrangeait les aggresseurs. De plus, elles étaient décrites comme des séductrices. Ces femmes là devaient aussi subir les préjugés racistes liés à leur condition raciale. Le métissage n'étant pas bien vu par la socièté blanche, ces femmes étaient censées avoir à la fois les défauts des Blancs (l'ambition, la soif de pouvoir) et les défauts des Noirs (l'animalité). Bref, l'existence même de ces femmes n'était pas autorisée par la socièté blanche de l'époque. Le métissage ne concernait pas seulement les femmes. Certains hommes avaient aussi à la fois du sang blanc et noir. Ces hommes là avaient la mauvaise réputation d'être des criminels en quête de pouvoir.


Affiche représentant une tragic mulatto

Des actrices mulattos et des actrices blanches interprétaient des femmes mulatto. Nous noterons deux actrices mulatto célèbres : Dorothy Dandridge et Nina Mae McKinney. Le cas de Dorothy Dandridge est intéressant, car cette actrice était la représentation même de la mulatto dans sa vie personnelle. Cantonnée à des rôles de mulatto, déçue dans ses relations amoureuses, elle décède à l'âge de 42 ans d'une overdose médicamenteuse. Et pourtant, Dorothy Dandridge fut la première actrice de couleur à faire la couverture de Life . Elle fut également la première actrice de couleur à enlacer amoureusement un acteur blanc.


Dorothy Dandrige et Nina Mae McKinney


Exemples : The debt (1912), In Humanity's cause, In slavery days, The octoroon (1913),Within Our Gates (1919), Imitation of Life (Images de la vie) (1934) avec le personnage de Peola, Show Boat (1936), God's Step Children (1937), Lost Boundaries (1949), Les diables au soleil (1958), Pinky (1949), Naissance d'une nation (1915) avec les personnages de Lydia (personnage insensible, une séductrice) et de Silas Lynch (un criminel à la fois obsédé sexuel et en quête de pouvoir)


Affiche de La Naissance d'une nation de DW Griffith (1915)

Le Tom est un homme de couleur qui occupe souvent le poste de cuisinier, de porteur ou de serveur. Il est représenté le sourire aux lèvres. Le Tom est souvent âgé, affaibli et approuve le comportement des Blancs. Il est loyal, non rebelle et content de sa situation. Le sort de ce type de personnages est souvent difficile. En effet, il est souvent vendu, maudit, frappé ou battu à mort. De plus, il travaille comme un forcené.


Publicité représentant un stéréotype d'un "Tom"

Exemples : les différentes adaptations de La Case de l'oncle Tom, Autant en emporte le vent (1939).

II. Un Discours Raciste

Avec Naissance d'une nation réalisé en 1915 par D.W Griffith, l'image des personnes de couleur change considérablement. L'on retrouve évidemment les différentes figures du "bon nègre". Cependant, D W Griffith introduit au cinéma l'image du mauvais noir. En effet, l'image de la brute s'est développée lors de la période radicale de Reconstruction (1867-1877). Ainsi, Naissance d'une nation est basée sur le roman The Clansman de Thomas F. Dixon, Jr, qui décrit notamment le récit du viol d'une blanche par une brute de couleur.

Le Buck (ou la brute) Comme son nom l'indique, la brute est un criminel particulièrement sauvage, voire animal qui ne mérite que la mort. La brute est une menace évidente pour la socièté et plus particulièrement pour les femmes blanches. La brute de couleur était considérée comme un violeur sans scrupules de femmes blanches. Ceci n'est pas sans rappeler que le mélange des couleurs n'était pas autorisé. La caricature de la brute était en fait un mythe crée de toutes pièces et utilisé pour justifier les lynchages qui permettaient de contrôler la population de couleur en la terrifiant.
Ce mythe ne s'est pas limité à la période de la Reconstruction. Elle s'est répandue et a même traversé les décennies. Ainsi, l'un des plus grands films du cinéma américain Du Silence Et Des Ombres de Robert Mulligan réalisé en 1962 reprend ce mythe. Le film est lui même l'adaptation du célèbre roman du même nom de Harper Lee, écrit en 1960. Il s'agit de l'histoire d'Atticus Finch, un avocat commis d'office pour la défense d'un noir accusé d'avoir violé une blanche.


Du Silence Et Des Ombres de Robert Mulligan

Le Nat est un esclave qui déteste les Blancs et ses propriétaires. Il veut se libérer et changer de condition. C'est pour cette raison qu'il utilise la violence à l'encontre de son propriétaire qu'il ne pense qu'à tuer afin d'obtenir sa revanche. Bref, l'on peut dire que la violence entraîne la violence. Le Nat tient son nom de Nat Turner, un esclave qui organisa une rébellion contre son propriétaire le 21 Août 1831. Il assassina son propriétaire et toute sa famille avec l'aide d'autres esclaves. Puis, ils se dirigèrent vers d'autres plantations libérant sur leur passage des esclaves et tuant une cinquantaine de propriétaires. La rébellion fut finalement stoppée. Nat Turner parvint à s'échapper mais fut capturé quelques mois plus tard. Son sort semble évident : il fut exécuté.

III. Une Nouvelle Images des Personnes de Couleur

A. Au temps du muet

Par le biais du cinéma, certains réalisateurs ou acteurs ont tenté de donner une image positive de la population de couleur.
William Jones Foster réalise donc le premier film afro-américain en 1912 The Railroad Porter.
En 1918, Emmett J. Scott et John W. Noble décident de produire The Birth of a Race, un film qui sonne comme une réponse au film ouvertement raciste Naissance d'une nation réalisé un peu plutôt (1915) par DW Griffith.
La Lincoln Motion Picture Company est fondée en 1916. Tous les membres de cette société étaient de couleur. Elle avait pour but de produire des Race movies c'est à dire des films faits par des personnes de couleur, pour des personnes de couleur et avec des personnes de couleur.
L'on remarque une prolifération des salles réservées au public de couleur après la première guerre mondiale. C'est aussi le cas des sociétés de production de cinéma de couleur : la Frederick Douglas Film Company, la Reol Production, la Savanah Motion Picture Company, la Black Western Film Company, la Colored Players Film Corporation, la Norman Film Manufacturing Company. Les Race movies quant à eux ont été particulièrement nombreux lors de la période dite de la Renaissance de Harlem.

Quelques Race Movies muets :
The Flaming crisis produit par Lawrence Goldman, 1924
The Flying ace produit par Richard E. Norman, 1926
The Bull dogger produit par la Norman Film Manufacturing Company, 1923


Affiches de The Flaming crisis, de The Flying ace et de The Bull dogger

B. Lumière sur Oscar Micheaux

Oscar Micheaux est considéré comme le plus grand réalisateur de race movies de son temps. En effet, il réalisa près d'une quarantaine de films entre 1919 et 1948. Certains de ses films sont des adaptations de ses propres romans. C'est d'ailleurs en adaptant son roman The Homesteader qu'Oscar Micheaux réalise son premier film du même nom en 1919. The Exile réalisé en 1931 est adapté de The Conquest.
L'on distingue deux périodes dans l'oeuvre du réalisateur.
La première période est celle du muet durant laquelle il réalise des films militants. Ainsi, il met en scène le viol d'une femme de couleur par un homme blanc dans Within our gates réalisé en 1920. The Symbol of the unconquered raconte l'histoire d'un propriétaire de couleur harcelé par le Klux Klux Klan. Bref, Oscar Micheaux s'intéresse à des sujets forts tels que le lynchage, le viol, l'amour entre les personnes de couleur et les Blancs et le passing c'est à dire le fait de se faire passer pour un blanc lorsque l'on est une personne de couleur dont la peau est claire.
La seconde période est celle du parlant. Oscar Micheaux réalise le tout premier film afro-américain parlant avec The Exile en 1931. Le passage au parlant apporte son lot de changement. Oscar Micheaux s'assagit et adopte pour un style plus conventionnel et plus proche d'Hollywood. Cependant, il n'oublie jamais d'ajouter une dimension raciale à ses films. Voici quelques titres de films réalisés pendant cette seconde période : The girl from Chicago (1933), Murder in Harlem (1935), Underworld (1936), Temptation (1936), Swing (1938); Lying lips (1939) et The Betrayal (1948).

C. Lumière sur Spencer Williams

Né en 1893 en Louisiane, Spencer Williams est comparé à Oscar Micheaux.
D'abord technicien du son, scénariste puis acteur au sein de la Al Christie, Spencer Williams réalise son premier long-métrage en 1941 : The Blood of Jesus.
Film religieux, The Blood of Jesus est une surprise. En effet, le film est original et ses qualités esthétiques sont évidentes. L'histoire raconte une bataille acharnée entre le Bien et le Mal. S'intéressant au monde rural afro-américain, Spencer Williams associe le Mal à la ville et le Bien à la campagne et à la religion. Ce film sensible lance la carrière de Spencer Williams qui réalise deux autres films religieux : Brother Martin en 1942 et Go Down Death en 1944. Le réalisateur réalise aussi des comédies Dirty Gertie from Harlem USA (1946), Beale Street Mama (1946), Juke Point (1947) et des comédies dramatiques: Marching on ! (1943), Of one blood (1944), The girl in room 20 (1946).
Ce que l'on retient de l'oeuvre de Spencer Williams c'est sa qualité artistique : bon jeu des acteurs, bonne qualité du son, décors innovants, montage intéressant, et alternance des points de vue.

D. Au temps du parlant

Bien que certains films sonores existent déjà, le parlant débute réellement avec Le Chanteur de Jazz de Alan Crosland réalisé en 1927. Ironiquement, le premier film parlant met en scène Alan Johnson un acteur blanc qui doit se maquiller en personne de couleur afin de devenir le chanteur de Jazz.


Le Chanteur de Jazz

Le premier race movie parlant The Exile n'est réalisé qu'en 1931 par Oscar Micheaux .
Les Race movies supportent mal l'arrivée du parlant à cause du prix que cela coûte.
Cependant, certains acteurs afro-américains commencent à percer à Hollywood même s'ils sont finalement souvent cantonnés aux mêmes rôles. C'est le cas de Stepin Fetchit, de Bill Bojangles Robinson, de Clarence Muse, de Louise Beavers, de Rex Ingram, de Eddie Rochester Anderson, de Hattie McDaniel, de Ethel Waters, de Lena Horne ou encore de Paul Robeson.
Les Race movies ne résistent pas très longtemps. Ils disparaissent même à la fin des années 1940. Il y a plusieurs raisons à cela.

  • L'affaire Paramount de 1948 changea brutalement la distribution des films. A cette époque, le Studio system était roi. Ce système avait deux règles d'or. Tout d'abord, la production des films était synonyme de réalisation des films. Et, les sociétés de production de cinéma recherchait une intégration verticale. Cela signifie qu'elles étaient regroupées par l'intermédiaire d'une hiérarchie et sous un patron commun. Bref, le Studio system utilisait une technique appelée le Block Booking qui consistait à vendre un pack de films aux cinémas en tant qu'un seul film. Ce pack contenait évidemment des films de qualité moyenne. En 1948, la Cour Suprême des Etats-Unis déclara le Block Booking illégal car il ne respectait pas la loi antitrust qui donne le droit à la concurrence.
  • Le début des années 1950 est marqué par la politique du sénateur McCarthy qui entreprit une véritable chasse aux sorcières. Cette politique qui a duré environ quatre ans (1950-1954) traquait toute personne susceptible d'avoir un lien avec les communistes.
    Heureusement pour la population de couleur, la lutte pour l'égalité des droits civiques a commencé à porter ses fruits au milieu des années 1950, notamment par le biais de personnes comme Martin Luther King ou Rosa Parks, ou d'associations telles que la NAACP et la UNIA de Marcus Garvey. Les lois Jim Crow sont abolies dans les années 1960. Ces progrès ont une conséquence évidente sur les Race movies: le public se désintéresse peu à peu de ce type de film.
  • Enfin, le développement de la télévision fait considérablement chuter la fréquentation des cinémas.

La chute du Studio System notamment ne fait pas seulement du tort aux Race Movies. Hollywood est aussi touché et se tourne donc vers un nouveau public : les afro-américains. Pour conquérir ce nouveau public, Hollywood donne des rôles importants à des acteurs de couleur tels que Sidney Poitier, Harry Belafonte, Dorothy Dandridge et Ertha Kitt. Sidney Poitier décroche même en 1963 l'Oscar du meilleur acteur pour son rôle dans Le Lys des Champs en Ralph Nelson. Il devient ainsi le premier acteur de couleur à remporter la prestigieuse statuette.
Les films réalisés donnent une bonne image de la population de couleur. L'on voit donc apparaître des personnages de couleur intelligents et courageux. Il est tout de même nécessaire de nuancer cette affirmation car ces rôles étaient tout de même réducteurs dans le sens où il s'agit quasiment toujours d'un bon garçon de couleur plongé dans un monde de Blancs. Notons que cette image a quand même parfois subsisté, puisqu'on la retrouve par exemple dans Devine qui vient dîner ? de Stanley Kramer réalisé en 1967.


Carmen Jones

Ces films ont généralement reçu un bon accueil. En voici quelques titres :
Je suis un nègre de Mark Robson (1955)
L'héritage de la chair d'Elia Kazan (1949)
L'intrus de Clarence Brown (1949)
La porte s'ouvre de Joseph L Mankiewicz (1950)
Bright road de Gerald Mayer (1953)
Carmen Jones de Otto Preminger (1954)
New faces de Harry Horner (1954)
La chaîne de Stanley Kramer (1958)


Harlem Story

Le cinéma indépendant contribue aussi à apporter une vision nouvelle des personnes de couleur. Shadows de John Cassavetes (1961), Guns of the trees de John Mekas (1961), The Intruder de Roger Corman (1962), Harlem Story de Shirley Clarke (1963), Un homme comme tant d'autres de Michael Roemer (1964), Le procès de Julie Richards de Larry Peerce (1964), Un homme appelé Adam de Leo Penn (1966) dénoncent ouvertement le racisme.

IV. Renaissance du Cinéma Afro-Américain

A. Contexte

Alors que la situation semble s'améliorer et que la Ségrégation prend fin en 1964, l'assassinat de Malcolm X en 1965 et plus tard celui de Martin Luther King en 1968 vont bouleverser le cours des choses.
La colère de nombreuses personnes de couleur redouble d'intensité après ces évènements tragiques et entraîne même des émeutes. Comme nous l'avons déjà dit, une partie de la population de couleur se radicalise. Des films militants mettant en scène des personnages de couleur proches de la réalité apparaissent : If He Hollers, Let Him Go de Charles Martin (1968), Point noir (1968) de Jules Dassin, Esclaves de Herbert J Biberman (1969), On n'achète pas le silence de William Wyler (1970), L'Insurgé de Martin Ritt (1970).

La communauté a donc tendance à se replier sur elle-même. Elle proclame même le Black Power c'est à dire "le pouvoir des Noirs". Un mouvement révolutionnaire comme Les Panthères Noires crée en 1966 accroît sa popularité, notamment parce que les jeunes préfèrent l'image qu'il véhicule. Une fois le Black Power proclamé, l'on constate un véritable retour aux racines africaines. De nombreuses personnes accentuent donc leurs traits africains, et adoptent une culture africaine.
C'est dans cette ambiance qu'un nouveau cinéma afro-américain voit le jour.

B. La Blaxploitation

1. Qu'est ce que la Blaxploitation ?

La Blaxploitation est un genre cinématographique né dans les années 1970 aux Etats-Unis Ce genre était à la base fait par des personnes de couleur et pour des personnes de couleur. Il faut tout de même nuancer ces propos puisque certains réalisateurs blancs ont réalisé des films de ce genre.
La Blaxploitation est étroitement liée aux préoccupations identitaires et aux revendications politiques de la communauté afro-américaine dans les années 1970. C'est pour cette raison que ce genre marque une étape importante pour le cinéma afro-américain. Les films de la blaxploitation reflètent les aspirations et les difficultés quotidiennes des personnes de couleur. Même si cela peut sembler cliché, ces films traitent souvent de la prostitution, de la drogue, de la corruption, du racisme de la police, des violences notamment sexuelles.

2. Histoire

Réalisé en 1971, Sweet Sweetback’s Baadasssss Song de Melvin Van Peebles est le film qui a popularisé le genre.

Les films de la blaxploitation ont rapidement du succès. Hollywood est donc rapidement intéressé par ce genre. Il faut bien le dire, ces films ne sont pas bien difficiles à produire.
En réalisant Les sentiers de la violence, Gordon Parks devient dès 1969 le premier réalisateur afro-américain a réalisé un film pour Hollywood. La casse de l'oncle Tom d'après un roman de Chester Hime, est réalisé par Ossie Davis en 1970. Melvin Van Peebles réalise Watermelon man en 1970. Gordon Parks Jr réalise deux films ayant eu beaucoup de succès: Les nuits rouges de Harlem en 1971 et Superfly en 1972.

Tous les genres sont mis à la sauce blaxploitation.

Le western : Buck et son complice de Sidney Poitier (1972), Thomasine and Bushrod de Gordon Parks Jr (1974), Boss nigger de Jack Arnold (1975).
Le film de gangster: Le parrain de Harlem de Larry Cohen (1973), Casse dans la ville de Larry Cohen (1973).
La comédie : Five on the black hand side d'Oscar Williams (1973), Uptown saturday night de Sidney Poitier (1974), Car wash de Michael Schultz (1976).
Le film d'action : Slaughter de Jack Starrett (1972), Three the hard way de Gordon Parks Jr (1974), Coffy de Jack Hill (1973), Foxy Brown de Jack Hill (1974), Cleopatra Jones de Jack Starrett (1973).
Les films d'arts martiaux : La ceinture noire (Black belt Jones) de Robert Clouse (1974), Black Samurai de Al Adamson (1977)
Le film d'horreur : Blacula de William Crain (1972), Blackenstein de William A. Levey (1973), Le vampire noir de de William Crain (1972), Abby de William Girdler (1974).
Le film policier : la trilogie des Shaft.
Le péplum : The arena de Steve Carver (1974)

La production des films de blaxploitation diminue après 1975. Pourquoi ?
La surexploitation a eu raison des films de blaxploitation.
De plus, l'apparition des blockbusters a concurrencé ces films.
Comme nous l'avons déjà évoqué, les films de blaxploitation traitent des problèmes dans les ghettos urbains. Et cela peut en choquer certains. C'est le cas de la Coalition Against Blaxploitation qui a été créee dans le but d'instaurer un code de censure.

3. Un style à part

Les films de la blaxploitation suivaient des codes spécifiques et ont donc imposé une esthétique particulière.
Les décors sont définis par les ghettos urbains dans lesquels les héros évoluent . où régnent la pauvreté, la violence, la drogue, la prostitution et le sexe.
Plusieurs types de personnages ont aussi été crées : le Shaft (le justicier), Foxy Brown (le vengeur), Superfly (le repenti), le Pimp (le souteneur) et enfin la Black Bimbo.
Les bandes originales sont souvent des musiques soul signées par les plus grands du genre tels que James Brown, Isaac Hayes, Curtis Mayfield, Bobby Womack, Marvin Gaye ou Sly Stone.
Les films de la blaxploitation avaient des petits budgets et le manque de technique apparaît évident à l'écran. Répondant au slogan "Black is beautiful", la couleur des acteurs est foncée à l'écran.
Ces films sont caractérisés par une esthétique particulière : mouvements rapides de caméra, des vues subjectives, les décadrages, les effets de réalisme, les décors naturels urbains, un rythme soutenu du montage, l'obscurité et des effets psychédéliques.

4. Les influences

Quentin Tarantino a plusieurs fois montré dans ses films l'influence que les films de blaxploitation ont eu sur son art. C'est ce que l'on voit dans Jackie Brown ou dans Kill Bill. Ainsi, c'est bien une icône du cinéma de blaxploitation Pam Grier qui tient le rôle principal dans Jackie Brown. Le réalisateur a également utilisé la musique de Truck Turner pour rendre hommage à ce genre dans Kill Bill.


Jackie Brown

Jim Kelly a été vu dans Opération Dragon par exemple.
Plus récemment, le film Black Dynamite sorti en 2009 livre une parodie des films de blaxploitation.
D'autres arts ont aussi été influencés. Ainsi, le gangsta rap reprend tous les stéréotypes du film de blaxploitation.


Black Dynamite

C. Le cinéma afro-américain indépendant (1975-1987)

1. Histoire

Le cinéma afro-américain indépendant commence en 1975 là où la blaxploitation commence à perdre de son ampleur. Ce sont de jeunes réalisateurs de couleur formés dans les écoles de cinéma qui sont à l'origine du cinéma afro-américain indépendant. Ces cinéastes ont une nouvelle vision du cinéma afro-américain. Ils considérent que l'aspect créatif lié à l'imagination et les engagements politiques mais aussi culturels ne font qu'un.

Ce nouveau cinéma est divisé en deux tendances distinctes :

Le Roots Movement qui puise son inspiration dans les racines africaines avec des films comme Bush Mama de Haile Gerima (1975), ou Daughters of the Dust de Julie Dash (1991).

Le Cinéma de Ghetto, aussi appelé le cinéma du quotidien avec des films comme Killer of Sheep de Charles Burnett (1977), Bless their Little Hearts de Billy Woodberry (1983), Sidewalk Stories de Charles Lane (1989).

Malgré un renouveau, le cinéma afro-américain indépendant ne parvint pas réellement à se faire connaître du grand public des années 1980. Cette tendance va bien s'inverser grâce à un cinéaste et à un film en particulier. Il s'agit de Spike Lee et de son film Nola Darling n'en fait qu'à sa tête (She's gotta have it) réalisé en 1986.

2. Le cas de Spike Lee

Spike Lee réalise en 1985 She's gotta have it (Nola Darling n'en fait qu'à sa tête). Ce film tourné en douze jours seulement va créer la surprise et l'évènement et va faire de Spike Lee l'initiateur du Nouveau Cinéma Afro-Américain.
She's gotta have it raconte l'histoire d'une jeune femme de couleur particulièrement libérée qui jongle entre ses trois amants. Chaque amant a ses qualités et ses défauts et à tous les trois ils sont l'homme parfait. Ainsi, Nola se sent en sécurité dans les bras du tendre Jamie qui manque pourtant cruellement de fantaisie. Mars quant à lui est un homme immature et fauché mais complètement délirant. Enfin, Greer est un golden boy prétencieux au physique avantageux. Bref, le film se conclut sur le choix de Nola qui décide de continuer à vivre sa vie et à disposer de son corps comme elle l'entend. Spike Lee aborde de front un sujet tabou: la sexualité d'une femme de couleur. Avec un sujet si sulfureux, She's gotta have it est une véritable réussite et constitue un pas en avant important pour les afro-américains au cinéma.
Très bien accueilli par la population de couleur, le film ne passe pas inaperçu auprès des critiques qui surnomment Spike Lee "le Woody Allen Noir".


Nola Darling n'en fait qu'à sa tête

Spike Lee devient alors plus qu'un simple réalisateur apprécié, il se fait véritablement porte-parole de la communauté afro-américaine.
Do the right thing réalisé en 1989 traite des tensions entre différentes communautés et dénonce les brutalités policières à l'égard des personnes de couleur.
Spike Lee s'intéresse aux relations raciales entre les afro-américains et les italo-américains dans Jungle Fever réalisé en 1991. En 1992, il réalise un biopic sur Malcolm X, un personnage historique plutôt controversé. Il récidivie en 1997 en réalisant Get on the bus qui s'intéresse à la marche organisée par Louis Farakhan, un leader souvent accusé de misogynie, d'homophobie, d'antisémitisme et de racisme anti-blanc. Bref, le réalisateur n'y va pas avec le dos de la cuillère. Il n'hésite pas à montrer une réalité crue, un peu trop pour certains même. Souvent qualifié de raciste et même accusé d'attiser la haine entre les Blancs et les personnes de couleur, Spike Lee utilise la provocation pour faire passer ses messages. Ses principales intentions sont de rétablir la vérité à propos des Etats-Unis qui font croire au monde entier que tout le monde est traité de la même manière aux Etats-Unis, de montrer la réalité vécue par la communauté afro-américaine et enfin de créer et véhiculer une image positive de cette communauté.

V. Retour Gagnant des Années 1990 à Aujourd'hui

A. 1991 : New Jack Cinema

1. Introduction

Spike Lee fut en quelque sorte le premier à signer un film de la vague New Jack avec Do the right thing réalisé en 1989. En effet, ce long-métrage traitant des brutalités policières à l'égard des jeunes de couleur et au fond de tensions entre différentes communautés s'ouvre sur une musique rap de Public Enemy.
La musique Rap et en particulier le Gangsta Rap ont permis à toute une génération de s'exprimer, de s'affirmer et d'exister. Le succès de Spike Lee encouragea une nouvelle génération de réalisateurs à faire des films.

2. Qu'est ce que le New Jack Cinema ?

C'est le journaliste afro-américain Barry Michael Cooper que l'on doit l'expression "New Jack Cinema".
Le New Jack Cinema découle directement d'un genre musical : le Rap.
Le Rap n'est pas seulement de la musique; c'est aussi une manière particulière d'être et de se comporter. Les adeptes ont une manière bien à eux de parler, de paraître cool et de se vêtir.
Tout comme la musique urbaine, le cinéma New Jack a des codes et une esthétique particulière.

3. Histoire

En 1991, le compositeur et producteur Quincy Jones propose à Barry Michael Cooper de rédiger le scénario de New Jack City. Ce film réalisé par Mario Van Peebles devient alors le manifeste du New Jack Cinema. Sur un fond de musique Rap, le film raconte l'histoire de deux policiers cherchant à démanteler un réseau de trafic de drogue.
Après le succès de New Jack City de Mario Van Peebles, de nombreux films du même genre prolifèrent : Boyz'N the Hood de John Singleton (1991), Menace II Society des frères Hughes (1993).
Après une déferlante de courte durée, le phénomène s'estompe et fait place à une nouvelle génération de films sur le ghetto. Drogue, violence et musique Rap sont toujours présentes dans ces films. En revanche, toute préoccupation sociale et raciale semble avoir disparu.


New Jack City

De manière générale, les années 1990 marquent un retour à la contestation. La lente évolution de la situation raciale et sociale des afro-américains a donné matière à faire des film.
Un évènement en particulier a renforcé une contestation déjà forte. Il s'agit de l'affaire de Rodney King. En 1991, des policiers blancs ont passé à tabac un jeune de couleur. L'acquittement de ces policiers en 1992 a provoqué des émeutes dans le ghetto de South Central notamment.

4. Filmographie :

Do the Right Thing de Spike Lee (1989)
The Five Heartbeats de Robert Townsend (1990)
House Party de Reginald Hudlin (1990)
House party 2 de Doug McHenry et George Jackson (1991)
New Jack City de Mario Van Peebles (1991)
Jungle Fever de Spike Lee (1991)
Boyz'N the Hood (La loi de la rue) de John Singleton (1991)
Livin' large de Michael Schultz (1991)
Rage in Harlem de Bill Duke (1991)
True identity de Charles Lane(1991)
Straight out of Brooklyn de Matty Rich (1991)
Strictly business de Kevin Hooks (1991)
Hangin' with the homeboys (Une Virée d'enfer) de Joseph B Vasquez (1991)
Juice d'Ernest Dickerson (1992)
Deep Cover (Dernière Limite) de Bill Duke (1992)
Menace II Society des frères Hughes (1993)
Posse (La revanche de Jesse Lee) de Mario Van Peebles (1993)
Fear of a Black Hat de Rusty Cundieff (1993)
Clockers de Spike Lee (1995).

B. Ouverture

Malgré un retour notanle à la contestation dans les années 1990, l'on remarque une certaine ouverture de la part des cinéastes afro-américains.
Ainsi l'indépendant Spike Lee réalise Summer of Sam en 1999 avec un casting d'acteurs blancs. Le film ne fait donc aucune référence à la communauté afro-américaine. Beaucoup critiqué, Spike Lee a aussi tourné ce film dans le but de se défaire de l'étiquette de cinéaste afro-américain polémique.
Pourtant, le réalisateur n'a pas toujours tourné des films engagés.
Nola Darling n'en fait qu'à se tête (1986) est aussi une comédie de moeurs tout comme Girl 6 réalisé en 1996, Mo'Better Blues réalisé en 1990 est un film romantique et Crooklyn (1994) est une comédie dramatique. Spike Lee renoue même avec sa première passion : le sport à l'occasion du film He got Game réalisé en 1998.


Summer of Sam

Comme Spike Lee, certains réalisateurs afro-américains vont tourner des films avec des acteurs blancs. C'est le cas de Thomas Carter avec Swing Kid en 1993 et de Bill Duke avec Cemetry Club (1993).

La diversification des genres du cinéma afro-américain peut aussi être considérée comme une ouverture.
Appartenant au cinéma New Jack, Posse (La revanche de Jesse Lee) de Mario Van Peebles (1993) est aussi un western.
Ainsi, Robert Townsend réalise en 1993 un film fantastique Meteor Man et une comédie musicale en 1990 The Five Heartbeats. Def by temptation (1990) de James Bond III est un film d'horreur.

C. L'importance des acteurs

Halle Berry a remporté l'Oscar de la meilleure actrice pour son rôle dans A l'ombre de la haine en 2002. Elle est, à ce jour, la seule actrice afro-américaine ayant remporté l'Oscar de la meilleure actrice.
Whoopi Goldberg a remporte l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle 1991 pour Ghost.
En 2010, Mo'Nique a gagné l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour son rôle dans Precious .
Jennifer Hudson pour son rôle dans Dreamgirls remporta aussi l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle.


Halle Berry, Whoopi Goldberg, Jennifer Hudson, Mo'nique

Trois acteurs ont reçu l'Oscar du meilleur acteur dans les années 2000 : Denzel Washington pour son rôle dans Training Day, Jamie Foxx pour son rôle dans Ray en 2005 et Forest Whitaker pour son rôle dans Le Dernier Roi d'Ecosse en 2007.
En 1983, Louis Gossett, Jr. remporta l'Oscar du meilleur acteur pour un second rôle pour Officier et Gentleman .
En 1990, Denzel Washington remporta l'Oscar du meilleur acteur pour un second rôle pour le rôle de Trip dans Glory.
Cuba Gooding reçoit en 1996 l'Oscar du meilleur acteur pour un second rôle dans Jerry Maguire.
En 2004, Morgan Freeman reçoit l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour Million Dollar Baby.
Tous ces acteurs oscarisés jouissent d'une grande popularité auprès du public.


Denzel Washington, Jamie Foxx, Forest Whitaker, Morgan Freeman

De nombreux autres acteurs afro-américains jouissent d'une certaine popularité.
Oprah Winfrey, plus connue pour son TV show a tout de même reçu une nomination aux Oscars pour son second rôle dans La couleur pourpre réalisé en 1986.
Samuel L Jackson, Will Smith, Terence Howard, Laurence Fishburne, Eddie Murphy, Whoopi Goldberg, Angela Bassett, Theresa Randle, Alfre Woodard, Chris Tucker et Wesley Snipes sont à la fois des acteurs populaires et reconnus.

C'est par le biais de ces acteurs populaires et reconnus que la communauté afro-américaine s'affirme.

Les réalisateurs ne sont pas en reste. Malgré son statut de réalisateur polémique, Spike Lee est sans doute le réalisateur afro-américain le plus reconnu.
Les réalistrices afro-américaines font leurs débuts : Julie Dash, Darnell Martin, Leslie Harris et Debbie Allen.

NB : Ces listes sont exhaustives.

Erin

Bibliographie :

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