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Qu'est-ce que le Nouvel Hollywood ?

1. Définitions

« Certains de mes amis pensent que les années 1970 ont été le dernier âge d’or. Je leur ai demandé « Pourquoi vous dites ça ? ». Ils ont répondu « Eh bien il y avait tous ces grands réalisateurs qui n’arrêtaient pas de faire des films. Il y avait Altman, Coppola, Spielberg, Lucas ». Martin Scorsese à propos des années 1970.

Le Nouvel Hollywood existe en opposition au Vieil Hollywood. Il est caractérisé par la défiance des conventions traditionnelles du récit et du techniquement correct, brisant les tabous du langage cinématographique et rompant avec le manichéisme et le « happy end ». Les films se retrouvent régulièrement sans véritable héros.

Le 8 décembre 1967, le Times publia un article de Stefan Kanfer, nommé « Le Nouveau cinéma : violence...sexe...art ».Pour lui, l’innovation européenne touchait les Etats-Unis. Les caractéristiques sont : plus de respect pour les exigences traditionnelles de l’intrigue, de la chronologie, de la sacro-sainte motivation des psys, un mélange ténu de comédie et de tragédie, des héros ni bons ni méchants, une hardiesse sexuelle et une distance nouvelle, ironique qui éclipsait tout jugement moral.

Le Nouvel Hollywood est composé de deux périodes.

De 1967 à 1971, on parle de période d’ « Euphorie » ou d’ « Illusion ».

Easy RiderC'est durant cette première période que beaucoup d'espoirs ont été fondés notamment celui d'un monde meilleur. William Friedkin disait que « Le Watergate a été le sommet des années 1970 et ce qui a conduit à la suite. Et ce qui a suivi a ôté ses illusions à une bonne partie du pays et aussi aux cinéastes. » La fin de la période est marquée par l’essoufflement des mouvements contestataires et de la contre culture, par la fin de la guerre du Vietnam et de la conscription, par les scandales politiques et la récession économique. Le scandale du watergate en 1974 va entraîner un cinéma post watergate avec des films comme Network, Marathon man, Nashville, Chinatown, Une femme d’affaire, qui traduisent une perte de confiance et de croyance, un sentiment de désillusion. Ils montrent une génération dénuée de scrupules, obsédée par l’argent et la célébrité.

 

De 1972 à 1979 de période de « Désillusion ».

Cette période est caractérisée par une repli sur soi face à un monde qui a changé et que l'on ne comprend plus. Ainsi, les films paranoïaques ont fleuri et les personnages ont de plus en plus de mal à communiquer. Ils se réfugient donc dans une sphère privée qui peut être un asile de fous dans Vol au dessus d’un nid de coucou, l’autisme dans Nashville, la schizophrénie dans Carrie, la paranoïa dans Conversation secrète, un supermarché dans Zombie, une arène dans Rollerball ou un taxi dans Taxi driver. Travis Bickle dans Taxi driver dira « Il n’y a pas de fuite possible, je suis abandonné de Dieu ».

Le Nouvel Hollywood s'éteint peu à peu à cause des compromis et des excès liés à la contre culture.Contre culture et Majors sont elles compatibles ? C'est ce que se sont demandés Norman Jewison en réalisant Rollerball, Sidney Lumet en réalisant Network et Brian De Palma en réalisant Phantom of Paradise : « Le capitalisme s'y prend toujours de la même manière pour neutraliser une force contestataire, il la couvre d'or, du coup elle n'est plus du tout contestataire et rentre dans le rang. »

Comme le remarque très justement Jean Baptiste Thoret dans son livre Le Cinéma Américain des années 1970 , Phantom of Paradise est une parfaite métaphore de ce qui se produit dans le cinéma à cette période : les cinéastes du Nouvel Hollywood ont signé des accords avec des puissantes sociètés de production, ce qui a pu affecter leur message contestataire. Bref, les valeurs de la contre culture n'étaient plus en marge de la société et leur banalité a affecté leur force.

Caractéristiques :

  • Influence européenne

Dementia 13Exemple : Dementia 13 de Francis Ford Coppola (1963)

Le premier film de Coppola est réalisé en totale opposition avec ce qui se faisait à l'époque. Tourné en République d'Irlande et en noir et blanc, le film est décomplexé et rappelle la liberté des moeurs que des films européens tels que Blow up de d'Antonioni ont déjà su exploiter. Jack Nicholson parle de cette période : « La prétendue éducation du public américain grâce à des films comme Jules et Jim […] semblait s'être évaporée. Je commençais à me demander si le succès de Blow up, par exemple, ne tenait pas davantage à sa fameuse femme nue qu'à la modernité du récit. »

Bien que ce point sera développé plus loin dans cet article, les nouveaux cinéastes souvent formés dans les universités de cinéma apportent avec eux une influence du cinéma européen des années 1960. Ce cinéma avait des caractéristiques bien précises. Voici une liste qui vous permettra peut être de mieux comprendre :

Tournage en extérieur, émotion plus importante que la technique, rapprochement avec la réalité, moralité mise à mal grâce à une représentation d'une sexualité sans complexe.

 

  • La jeunesse prend le pouvoir

Elle apporte une liberté et une énergie créatrice et abolit volontiers les règles du Vieil Hollywood. Voici une liste non exhaustive des nouvelles caractéristiques crées par et pour le Nouvel Hollywood :

  • Sympathie pour les marginaux

  • Rapport frontal/direct au sexe et à la violence

  • Scepticisme chronique à l'égard de l'autorité

  • Relecture et destruction des genres (road movie, le film policier, le film de guerre, le film catastrophe, le science-fiction, la Blaxploitation, un certain style de comédie, le Western, le film noir, la comédie musicale, le Buddy movie (film de copains), le film d'horreur et etc...)

  • Irrespect des règles classiques (narration, intrigue)

  • Doute des motivations des personnages

  • Une société dégénérante

C'est pour cette raison que l'on retrouve souvent dans les films des années 1970 le mythe du wilderness avec son lot de ranchs et de rednecks. Durant ces années, le wilderness s'associe avec l'image de la mort. Tous les éléments rappelant le passé glorieux américain est plus ou moins ramené à la vie. C'est ce que montre le film Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper (1974), Soleil vert de Richard Fleischer (1973) ou encore Carnage de Michael Ritchie (1972).

  • Questions ouvertes amenant le spectateur à réfléchir

  • Apparitions des minorités à l'écran

  • Une énergie particulière

Dans son livre Le cinéma américain des années 1970, Jean Baptiste Thoret distingue trois types de relation que peuvent entretenir l'action et l'énergie :

  • toutes deux sont en parfaite harmonie

  • l'énergie est plus importante que l'action

  • l'énergie n'est pas suffisante pour accomplir l'action

Il note que lorsque l'action et l'énergie ne parviennent pas à trouver un équilibre, la violence apparaît. Cette question d'équilibre deviendra l'une des questions centrales du cinéma américain des années 1970. Notons tout de même que la violence et Etats-Unis semblent être intimement liés dans le sens où c'est par le biais de la violence que l'Amérique s'est créée ( génocide des Indiens, guerre de Sécession, guerre du Vietnam, assassinats politiques, violence urbaine …).

Taxi DriverAutre particularité de l'énergie et de la violence dans les années 1970. Elles semblent exister pour elles mêmes c'est à dire la violence n'a apparemment pas de motivation. C'est ce que le film Taxi Driver de Martin Scorsese (1974) nous montre. Retrouvez notre analyse de ce film ici.

Dans Taxi Driver, Travis Bickle a beaucoup d'énergie à dépenser. Il parvient à la combler lorsqu'il rencontre Betsy. Mais lorsque cette dernière le rejette, il lui faut trouver un autre moyen d'utiliser son énergie : ce sera Palantine, puis le souteneur d'Iris. Bref, la violence dans les films des années 1970 est le résultat d'un trop-plein d'énergie. Bien que la violence était déjà montrée à l'écran avant le Nouvel Hollywood, l'on note que les films de cette période ont tendance à accorder une place centrale à la violence. Contrairement au temps du Hollywood classique, la violence n'a plus de but. Elle n'est plus le moyen légitime de se défendre. Dans les années 1970, la violence sans motivation et sans but existe pour elle même et devient donc aussi inutile qu'immorale.

Comme le note Bataille dans La part Maudite, le Nouvel Hollywood marque un changement dans la manière dont l'énergie est dépensée. Dans les années 1970, les dépenses deviennent improductives. Pour Bataille, ces dépenses sont : «  le luxe, les deuils, les guerres, les cultes, les constructions de monuments somptuaires, les jeux, les spectacles, les arts, l'activité sexuelle perverse. »

Les années 1970 ne font plus de différence entre les différents types de violence. Bonne ou mauvaise, ce qui compte c'est la violence elle-même. A l'époque, cette nouvelle violence n'a pas été comprise par le Vieil Hollywood qui ne voyait dans ces films mettant en scène de la violence, qu'une apologie de la violence.

L'on peut légitimement se demander pour quelle raison la manière de dépenser l'énergie a changé dans les années 1970 et pas avant ni après ? C'est à cette période que les contestations commencent à se faire entendre, que les gens commencent à ne plus croire en rien. Bref, les mouvements contestataires remettent en cause la société et tout particulièrement la société de consommation développée dans les années 1950. Ces mouvements permettent aux moeurs de se libérer et aux arts de se développer et de créer toujours plus. Comme nous l'avons remarqué, le Nouvel Hollywood peut être divisée en deux périodes et c'est donc tout naturellement qu'après la période d'euphorie vienne la période de déception et de désillusion et durant laquelle il faut dépenser l'énergie.

  • Cinéma de l'asphyxie

  • De nombreux films des années 1970 posent la question du recyclage des déchets, qui est l'une des caractéristiques principales du cinéma de l'asphyxie. C'est le cas de Soleil vert de Richard Fleischer (1973) dans lequel des humains sont recyclés en cachets constituant la base de l'alimentation de la société, mais aussi des films de George Romero qui mettent régulièrement en scène des zombies à la recherche de viande fraîche. L'invasion des profanateurs (1978) de Philip Kaufman et Les femmes de Stepford (1975) de Bryan Forbes traitent également de ce sujet.

  • Une révolution au sein d'Hollywood

Les nouveaux cinéastes ne rejettent pas complètement Hollywood. Ils sont en rupture avec le Vieil Hollywood qu'ils admirent pourtant mais souhaitent changer de ligne directrice en apportant de nouvelles visions, de nouveaux moyens de production et de tournage. Ils veulent aussi être plus en adéquation avec leur temps et revendiquer donc plus de liberté et d'engagement.

  • Une quête des origines

Cette quête passe par l'image paternelle qui est aussi bien respectée et admirée (Apocalypse now de Francis Ford Coppola (1979), Honkytonk man de Clint Eastwood (1982)) que remise en cause ou rejetée (La balade sauvage de Terrence Malick (1974).

Dans un sens, cette recherche permet de remettre en cause un certain modèle idéologique.

  • L'utilisation du Split Screen (Ecran divisé)

Bien que cette technique n'ait pas été créée dans les années 1970, l'on note que son utilisation se développe fortement avec l'arrivée du Nouvel Hollywood. Cette technique permet de provisoirement résoudre la question du manque d'espace et de suivre plusieurs actions en même temps. Brian De Palma aime utiliser cette technique.

Quelques films utilisant le Split-Screen :

  • L'affaire Thomas Crown de Norman Jewison (1968)
  • L'étrangleur de Boston de Richard Fleischer (1968)
  • Woodstock de Michael Wadleigh (1970)
  • Soleil Vert de Richard Fleischer (1973)
  • Soeurs de sang de Brian De Palma (1973)
  • Phantom of Paradise de Brian De Palma (1974)
  • Carrie de Brian De Palma (1976)
  • Annie Hall de Woody Allen (1977)

Phantom of Paradise, L'affaire Thomas Crown, Carrie
Phantom of Paradise, L'affaire Thomas Crown, Carrie

  • Remise en question de la place de la famille qui n'est plus un lieu de protection mais un lieu de menace : Carrie de Brian De Palma, L'Exorciste de William Friedkin, La nuit des morts vivants de George Romero.

  • La libération sexuelle de la femme entraîne forcément des réactions de la part des hommes qui sentent leur virilité menacée. Certains affirment davantage leur statut de mâle, les autres perdent de leur virilité. Dans tous les cas, le droit au plaisir sexuel féminin devient une réalité.

  • Confusion des récits primaires et secondaires

2. Les précurseurs

A. Robert Aldrich

Aldrich a beaucoup travaillé sur l'énergie et son cinéma que l'on qualifie généralement de cinéma de l'asphyxie est typique de cette période. Ce cinéma est caractérisé par une explosion de violence qui prend souvent la forme d'une pulsion.

Aldrich

Le vol du phoenix (1965), Les douze salopards (1967), Pas d'Orchidées pour Miss Blandish (1971), L'ultimatum des trois mercenaires (1977)

 

 

 

 

B. Don Siegel

Don Siegel est un précurseur du cinéma des années 1970 grâce aux thèmes qu'il aborde dans ses films, thèmes qui seront largement repris par la suite. Ainsi, la paranoïa, la société et ses dangers occupent une place importante chez Don Siegel dont le cinéma est caractérisé par une bonne dose de violence.

Don SiegelL'Invasion des profanateurs de sépultures (1956)
L'Ennemi public(1957)
À bout portant (1964)
Police sur la ville (1968)
Un shérif à New York (1968)
Les Proies (1971)
L'Inspecteur Harry (1971 )
L'Évadé d'Alcatraz (1979)

 

C. Sam Peckinpah

L'oeuvre de Sam Peckinpah est marquée par une violence extrême. Sa manière de considérer la violence est particulière. En effet, pour lui, la violence est inhérente à l'homme.
Le réalisateur a été influencé par l'anthropologue Robert Ardrey qui dit : "la plupart des comportements humains sont basés sur des réponses instinctives dont l'origine est fondamentale animale".

PeckinpahLa Horde sauvage (1969)
Les Chiens de paille (1971)
Pat Garrett et Billy le Kid (1973)
Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia (1974)

 

 

 

3. Générations de réalisateurs

A. L'ancienne génération

Les changements importants ayant lieu à cette période n'ont pas empêché les réalisateurs du "Vieil Hollywood" de continuer à réaliser des films. Certains ont même signé quelques uns de leurs meilleurs films. C'est le cas de Don Siegel (Les Proies, L'Inspecteur Harry, L'Évadé d'Alcatraz) et Sam Peckinpah (Pat Garrett et Billy le Kid, Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia) ou encore de John Huston, John Frankenheimer, Stanley Kubrick (Orange Mécanique, Barry Lyndon).

B. La nouvelle génération

La caractéristique principale des nouveaux cinéastes des années 1970 c'est que beaucoup d'entre eux viennent d'écoles de cinéma.

"Pour la première fois à la fin des années 1960, les jeunes ont eu accès à un tas de domaines autrefois réservés. Une avalanche d'idées nouvelles a déferlé sur Hollywood. Ça a été le vrai tournant" Steven Spielberg.

Autre caractéristique des années 1970 : de nombreux cinéastes européens parviennent à réaliser des films à Hollywood. C'est le cas des britanniques John Schlesinger, John Boorman, Ken Russell, Nicholas Roeg; des italiens Bernardo Bertolucci et Sergio Leone ; des français Louis Malle et Roman Polanski, du tchécoslovaque Milos Forman.

Le producteur Roger Corman a été l'un des premiers à encourager ceux qu'on appelle les "movie brats" c'est à dire de jeunes réalisateurs formés dans les universités. Avec ses petits budgets, Roger Corman a lancé de nombreux réalisateurs comme Francis Ford Coppola (Dementia 13), Martin Scorsese (Boxcar Bertha) , Jonathan Demme, Joe Dante, Peter Bogdanovich (Targets) et etc ...

4. Nouvelle génération d'acteurs

La nouvelle génération de réalisateurs préfèrent travailler avec de nouveaux acteurs tels que Jack Nicholson, Robert De Niro, Dustin Hoffman, Al Pacino, Gene Hackman, James Caan, Robert Duvall, Harvey Keitel.

Jack Nicholson, Robert De Niro, Dustin Hoffman

Les actrices ne sont pas en reste : Barbara Streisand, Jane Fonda, Faye Dunaway, Ellen Burstyn, Diane Keaton.

Jane Fonda, Faye Dunaway, Diane Keaton

Pour les acteurs, la manière de travailler a évolué. Les acteurs n'appartiennent plus à un studio. "Le système des studios est mort. Les sociétés indépendantes raflent tout et les dirigeants des studios ne sont plus que des agents, des avocats et des comptables. Les travailleurs détiennent désormais les forces de production" George Lucas.

Un certain nombre de ces acteurs ont été formés à l'Actor's Studio et selon la méthode Lee Strasberg.

L'Actor's Studio :

Fondé en 1947 à New York par Cheryl Crawford, Elia Kazan et Robert Lewis, l'Actor's Studio a pour but d'apprendre le métier à des artistes de théâtre. A l'Actor's Studio, la méthode enseignée est la méthode Lee Strasberg aussi appelée le système de Stanislavski. Cette méthode consiste pour les acteurs à vivre le rôle afin de bien le jouer. Stanislavski pensait qu'il fallait que l'acteur agisse comme s'il était vraiment le personnage qu'il incarne. Bref, l'acteur est dans le rôle et ne joue plus, ce qui implique donc de la part de l'acteur d'inclure ses expériences personnelles, ses opinions et ses sentiments. L'acteur est donc amené à travailler sur lui-même.

Erin

Bibliographie :