Réalisé par : Pablo Larrain
Avec : Gael García Bernal, Alfredo Castro, Luis Gnecco
Sur un scénario de : Pedro Peirano avec une musique de : Carlos Cabezas
Genre : Drame
Film Chilien réalisé en 2013

 

 

Synopsis du film :
Chili, 1988. Lorsque le dictateur chilien Augusto Pinochet, face à la pression internationale, consent à organiser un référendum sur sa présidence, les dirigeants de l’opposition persuadent un jeune et brillant publicitaire, René Saavedra, de concevoir leur campagne. Avec peu de moyens, mais des méthodes innovantes, Saavedra et son équipe construisent un plan audacieux pour libérer le pays de l’oppression, malgré la surveillance constante des hommes de Pinochet.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

No s'intéresse à une période essentielle au Chili. En 1988, le dictateur Augusto Pinochet organise un référendum qui d'après lui asseoir son pouvoir aux yeux du monde entier. Ce référendum est l'occasion rêvée pour les opposants au dictateur de se faire entendre et de renverser le pouvoir en place. Alors que No aurait pu être un banal film politique montrant deux camps s'opposer dans la sueur et le sang, Pablo Larrain décide de se focaliser sur les campagnes publicitaires qui se sont livrées un combat sans merci pour sortir vainqueur.

No

No est convaincant car il ne se contente pas de reproduire l'atmosphère de l'époque. Pablo Larrain innove et filme avec des caméras des années 1980, ce qui lui permet de plonger les spectateurs dans l'ambiance de l'époque. Ainsi, on a l'impression de se retrouver dans la position d'un citoyen chilien de l'époque qui suit par le biais de son écran de télévision la campagne pour le oui et la campagne pour le non. C'est aussi là que réside l'une des grandes qualités du film. Basé sur la campagne du « non », Pablo Larrain ne néglige pas la campagne du « oui », ce qui permet de créer une tension voire même un suspense. L'ambiance de l'époque est également transmise par le biais du son. Le réalisateur chilien a utilisé des spots publicitaires et jingles de l'époque.

No

No c'est donc aussi l'histoire d'une campagne publicitaire comme les autres mais qui a su changer l'histoire d'un pays. L'idée de génie de René Saavedra c'est de traiter cette campagne pour le « non » comme une campagne de publicité classique. Ainsi, il crée une campagne basée sur l'optimisme, sur la joie qui est une idée universelle qui ne peut être combattue d'après les partisans du « oui ». Il donne aux gens ce qu'ils ont envie de voir. Blasés par la souffrance de leur pays, Saavedra décide de séduire le public en lui apportant de l'espoir même s'il n'est peut être qu'une illusion. Les armes des partisans du « non » sont désormais un arc-en-ciel et un jingle « Chile, la alegría ya viene ! ».

No

Le personnage principal René Saavedra est un personnage particulièrement intéressant. Jeune homme dynamique et créatif, il est également un expatrié qui a connu autre chose que le Chili de Pinochet. Profitant du système instauré par le dictateur qui lui permet de s'enrichir, il est pourtant l'instrument de la chute du général. A ce sujet, le réalisateur explique : "René Saavedra est un enfant du système néolibéral impulsé par Pinochet. C’est pour cela qu’il est intéressant que ce soit lui, avec les mêmes outils idéologiques que ceux mis en place par la dictature, qui se charge de mettre Pinochet en déroute. Il le fait en inventant une campagne publicitaire remplie de symbolismes et d’objectifs politiques, qui en apparence sont seulement une stratégie de communication, mais qui en réalité cachent le devenir d'un pays".

Sous ses airs sympathiques, le personnage de René est relativement ambigu. Privilégié car ex-expatrié, il accepte plus ou moins de s'occuper de la campagne du « non » pour reconquérir son ex-femme qui est une militante. Peu convaincu par les arguments politiques, René va apporter des arguments médiatiques. Traitant la campagne du « non » comme une banale campagne de publicité pour un soda, un micro-onde et autres produits comme le montre la répétition de la phrase de présentation de chaque nouvelle campagne « ce que vous allez voir s’inscrit dans le contexte social actuel » , le personnage n'avance jamais d'opinion politique.

Gael Garcia Bernal est absolument extraordinaire dans son interprétation de René Saavedra. Avec son accent chilien parfait d'après ce qu'en dit le réalisateur Pablo Larrain, l'acteur mexicain offre une interprétation sobre et fine à la fois. Toujours dans la retenue, il est difficile de percer cet homme partagé entre des sentiments souvent contraires et complexes. Opportuniste dans son métier, il n'en est pas moins un homme qui réalise peu à peu l'enjeu de sa contribution à la campagne du « non ». Totalement indifférent à la dictature de Pinochet, il se retrouve au cœur de la machine prête à marcher sur Pinochet et son régime. A partir de là, il commence à ressentir ce que ressentent les chiliens : la peur. Les dernières du film sont particulièrement révélatrices de l'état d'esprit du personnage. Alors que les partisans du « No » sont dans un premier temps envahis par la peur des représailles du dictateur Pinochet battu lors du référendum et qui pourrait ne pas reconnaître sa défaite, les manifestations de joie ne tardent pas à faire leur apparition. Pourtant, René n'est pas de la fête. Déambulant au milieu du quartier général, il n'a pas l'air de réaliser ce qui se passe. Dépassé par la victoire de sa campagne de publicité, il s'éloigne. Sa réaction entache la réaction du spectateur qui vient de voir un dictateur tomber par le biais d'un référendum démocratique. La victoire aussi belle qu'elle puisse être prend alors un goût amer lorsque l'on réalise que ce ne sont pas des concepts politiques qui ont permis la victoire du « non » mais des stratégies publicitaires.

No

No est une véritable réussite cinématographique qui aborde la politique de façon originale. En proposant aux spectateurs de se mettre dans la peau d'un citoyen chilien lambda de l'époque, le film prend une dimension universelle et parvient à intéresser les spectateurs au delà des états, des cultures et etc …. Parvenant à remplir le cœur des spectateurs de joie, No joue sur l'ambiguïté et notamment sur l'ambivalence de la publicité dans le domaine politique, un phénomène qui tend à s'étendre.

Erin

 
 
 

Photos du film :