Sélectionner une page

[Film] Hugo Cabret, anaylse du chef d’oeuvre de Martin Scorsese

Pour un réalisateur, concevoir un film qui pourrait inspirer les jeunes téléspectateurs à devenir eux-mêmes réalisateurs était une ambition bien usée bien avant le tournage de Super 8.

Mais laissez à Martin Scorsese le soin d’éclipser J.J. Abrams en créant une tranche de pure merveille incandescente qui fera dire à ses parents qu’ils aimeraient devenir conservateurs de films. Attendez-vous à ce que le bavardage autour de la cour de récréation implique soudainement des discussions sur la dégradation des polymères et des ragots à propos des silences perdus de Hitchcock.

Le réalisateur aura certainement l’impression qu’Hugo a atteint son but suprême s’il contribue à la création d’un futur Henri Langlois. Il devrait au moins engendrer un autre Serge Bromberg, l’homme à l’origine de la modeste restauration de L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot et de la version fraîchement teintée de Le Voyage dans la lune de Georges Méliès de 1902, qui fait plaisir au public. Cette dernière œuvre occupe une place de grande importance dans l’univers délicatement rendu de l’adaptation par Scorsese du roman illustré de Brian Selznick, L’invention d’Hugo Cabret, un livre tellement imprégné d’amour et de traditions cinématographiques qu’il est difficile de croire que Scorsese ne l’avait pas conçu au départ.

Le résultat est une sorte de cheval de Troie : un film de vacances en 3-D pour toute la famille dans le moule de la fantaisie post-Potter qui est aussi un hommage passionné au premier véritable sorcier du médium. Non seulement Hugo incorpore des extraits et des recréations des films de Méliès, mais il présente l’homme lui-même comme un personnage. On le rencontre d’abord sous le nom de « Papa Georges », le vieux propriétaire d’un magasin de jouets dans la même gare parisienne qui abrite le garçon héros éponyme du film. Comme beaucoup de détails sur la vie de Méliès racontés par Selznick et Scorsese, celui-ci est vrai : Plus tard, Méliès passe une grande partie de sa carrière à vendre des jouets à la gare de Montparnasse, le magicien de scène devient pionnier du cinéma après avoir fait faillite en 1913, vendant plusieurs de ses plus de 500 films pour les faire fondre et les transformer en talons hauts. Joué par un Ben Kingsley étroitement contrôlé, le Méliès d’Hugo est une figure brisée, tout comme l’automate rouillé qui sert de leitmotiv visuel central du film.

Parfois, le récit de la restauration personnelle du vieux Méliès, aigri et aigri, menace de prendre le pas sur l’histoire plus conventionnelle de la quête de Hugo pour renouer avec le monde. En effet, Scorsese semble sans doute moins intéressé par le sort de ce jeune oursin débraillé (Asa Butterfield) qu’il ne l’est à la fois par l’ancien magicien sorcier et par le monde magnifiquement conçu de la gare, qui est peuplée d’autres personnes nécessitant soins et attention, comme Sacha Baron Cohen, un inspecteur en gare dont les tentatives pour arrêter les orphelins errants sont continuellement entravées par une attelle non coopérative des jambes.

Bien qu’Hugo ait l’air convenablement moite et mal nourri pour profiter d’un voyage à l’orphelinat, il s’avère être plus que la mère porteuse de David Copperfield qu’il semble être au départ. D’une part, il se distingue par son intérêt pour la mécanique, qu’il a hérité de son défunt père horloger (Jude Law) et de Claude (Ray Winstone), l’oncle alcoolique qui lui a confié la responsabilité des horloges de la station. Il y a aussi quelque chose de paternel dans le regard d’Hugo sur l’automate, qu’il est déterminé à restaurer dans l’espoir qu’il apporte un message de son père. Scorsese s’attarde sur des plans dans lesquels Hugo apparaît au-dessus de la minuscule figure métallique, mais un rêve dans lequel Hugo se transforme en automatisation complique encore la dynamique : il est à la fois garçon perdu et inventeur paternel, Pinocchio et Geppetto en un.

Après que Méliès découvre qu’Hugo a volé des pièces de rechange pour son automate, il met le garçon au travail comme réparateur. Mais comme ils restent tous les deux des personnages profondément isolés, c’est à Isabelle, la filleule adolescente de Méliès, qu’il revient de combler l’écart. Devant le plaisir évident qu’Isabelle tire de la multisyllabie du « réprouvé » et du « clandestin », Chloé Grace-Moretz nous rappelle que les mots sont presque aussi importants que les images dans la confection de Scorsese. De même, les écrivains et les livres – Alexandre Dumas raconte en 1863 Robin des Bois, les œuvres de Jules Verne que Hugo et son père liraient ensemble – deviennent presque aussi totémiques que Le Voyage dans le lune. La véritable identité de Papa Georges est également révélée dans un livre, une histoire fictionnelle des premières décennies du cinéma intitulée L’invention des rêves de René Tabard. Comme par magie, Tabard apparaît en chair et en os presque immédiatement après que Hugo et Isabelle aient ouvert son livre. Joué par Michael Stuhlbarg comme un proto-Langlois irrépressiblement enthousiaste, Tabard montre rapidement au duo son musée personnel des souvenirs de Méliès, y compris ce que le savant prétend être la seule copie cinématographique existante (Le Voyage dans le lune, présentée dans la version que Bromberg a lancée à Cannes en mai, qui n’est actuellement pimpée par Paramount, le distributeur du Hugo).

Précédent

Suivant

Poster le commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Pin It on Pinterest

Share This